Lilnovim Lechwali

Avant, mon chat était moins lucide que moi. Mais ça c'était avant.

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Par-delà le verre

La voiture outremer et pourpre traverse la campagne entre les prés labourés et fossés marécageux. Au travers des joncs verts et hauts, l’eau fait parvenir les reflets solaires comme un éclat doré, comme l’image laissée dans la tête par une œuvre de Klimt.

S’appelle-t-il Antoine, ou peut-être Emmanuel ? Ses yeux que j’observe de par le miroitement dans la glace du train m’apparaissent comme signaux d’appel. Sais-je s’il voit que je le regarde, que je le dévisage même ? Qu’importe, à cette heure je veux l’aimer, je cherche à m’immiscer en lui, à le promener à Saint-Pétersbourg, à pétrir ses reins sous les draps en lin, à le…

Mystérieux inconnu, frère de mes songes, prince de mes pensers, je veux être ton ami, celui que Ségalen attend, celui qui t’écoutera, qui apaisera tes rancœurs, qui épousera tes douleurs et embaumera tes peurs pour les enfouir dans le Léthé infini offert par la mutualité des sentiments et des compréhensions.

Je serai pour toi à l’image de ce que j’attends pour moi ; Je veux sentir tes lèvres charnues contre les miennes indociles et malhabiles. Je veux te faire rêver, te bâtir des palais d’orient, faire de toi mon empereur des contrées d’occident.

Sois en moi, je serai toi.

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A moi-même

Vois-tu Lilnovim, je suis fatigué de vivre, je ne supporte plus de voir seulement l’ombre de ce que je suis de ne pouvoir atteindre non la félicité, mais un début d’accomplissement. Céline disait « L’âme, c’est la vanité et le plaisir du corps tant qu’il est bien portant, mais c’est aussi l’envie d’en sortir du corps dès qu’il est malade ou que les choses tournent mal. ». L’anorexie fut une étape dans mon détachement du somatique mais je crois que je déteste tellement ce que je suis que la tentation d’aller plus loin s’en ressent. Se haïr, c’est oublier sa condition, c’est nier jusqu’à sa propre existence. Je suis pudique de moi-même comme est confus celui qui est surpris nu au sortir de la douche.

Je crois que l’amour peut me sauver et même si ma propre détestation me fait dire que je n’ai jamais plus à quiconque et que je suis bien trop laid, j’aspire à trouver la personne qui me fera oublier mes peurs, qui comprendra d’où je viens et les pourquoi qui forgent ce que je suis. J’aspire à m’étreindre sans la nécessité de tout contrôler, juste me laisser aller dans la confiance offerte par l’aimé. L’art pour moi c’est ce qui me fait tenir au-dessus de l’eau, l’amour me fera émerger pour de bon. J’en suis convaincu, je ne vois que ça de toute façon.

Ce viol, cet outrage à mon corps et à mon âme, j’ai la certitude de sa réalité, le traumatisme qui en résulte est lui bien réel. On me suggère l’hypnose pour revivre ce moment mais je ne vois pas en quoi cela pourra m’être utile. Je sais que l’on m’a meurtri, j’en vis les conséquences au quotidien mais mon impuissance à les dépasser me fait souffrir bien plus que de raison. Je ne crois plus aux psychologues et à la camisole médicamenteuse. J’aimerais que mes amis m’écoutent, m’accompagnent… mais je crains fort de les ennuyer avec les lamentations d’une âme en peine. Voilà pourquoi je ne vois que la confiance de l’amour pour m’en sortir.

Tu sais, je suis peut-être un peu naïf, je me trouve d’ailleurs un peu déphasé par rapport à la réalité. Je jalouse ceux de mon âge qui me paraissent plus intelligents, plus beaux… Je sais que je sous-estime mes capacités intellectuelles mais c’est plus fort que moi, je suis comme destiné à être inférieur. Je ne veux prendre la place de personne, j’ai ce besoin de transparence comme pour ne pas déranger. Aussi, j’ai l’impression de ne pouvoir être réellement proche de personne et que je ne le mérite pas de toute façon. Triste conception de son existence. Après avoir été violent avec les autres et moi-même, j’ai choisi de souffrir seul, d’être responsable de tout et de laisser tranquilles ceux qui pourtant m’offensent. Si on m’insultait et me raillait dans la cour de l’école puis du collège, c’est que je le méritais, si je souffre aujourd’hui de mes défauts, c’est que je l’ai mérité, si je suis moins apte aux relations sociales, j’en suis responsable, si on m’a violé…

Non, je ne peux plus penser comme ça. Je suis pourtant incapable de mettre la faute sur les responsables comme je ne suis pas en mesure de lâcher un peu de lest en me disculpant. Je veux tout contrôler, toujours, donc je dois être fautif et maitriser ma faute. Impossible équation. Aussi, tu t’en rends compte, je n’en puis plus de toujours subir, par ma propre volonté pourtant. « ¡ Me da asco ! » ais-je envie de crier. Tout cela me dépasse et m’attriste. Je veux tout contrôler mais je ne gère rien, j’ai besoin d’un guide pour ne pas me supprimer. Je ne veux plus souffrir.

W.

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Inventaire

Je revisite ce lieu de mon enfance, la maison aux baies cintrées, les glaces dans les pots de plastique rouge en forme de coffre à trésor, les casquettes à pois du Tour de France, le petit fanion étoilé de l’Europe, la pièce carrelée de carrés petits et grisâtres, la purée réhydratée, la chambre sombre où nous dormions, le passage des vaches sur la route, l’écossage des petits pois, la tradition familiale du viol, mon viol, ma vérité.

Le bilan, ma crainte de l’autre, le comportement parfois déplacé, la peur absolue de l’acte sexuel, l’horreur d’être touché, ma maladie, que dis-je, mes maux, ma haine de moi, mes discriminations scolaires, l’absence d’amis avant très tard, mes souffrances, la non-compréhension de mes problèmes, le sentiment d’être coupable de ma situation.

Maudite liste, je te vomis, tu me lamines, j’en suis honni de moi-même ! Mes pensées sont exsangues, mon bonheur, dans un Léthé indispersible.

Inexorable coma laëtique, je te hais, je crache sur toi.

Mon âme est lacrimale.

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Souffrir mais ne rien dire

Je me suis levé ce matin la boule au ventre et la vision trouble comme tous les jours en ce moment. La renaissance du corps et de l’esprit qu’est le matin ne fait pas effet sur moi. Je suis indifférent au lever du soleil comme je le suis de ma propre condition. J’ai décidé de ne plus être matériellement anorexique mais le cœur n’y est pas, j’ai perdu le peu de confiance en moi que j’avais. Me voir dans le miroir et c’est un cri muet de dégout qui exalte ma détestation. Je n’entrevois qu’une masse flasque à la chevelure plus insignifiante que la banalité.

 « On a tellement besoin de chansons quand il parait qu’on a vingt ans »

Je repense à la parole de Jacques Brel, mes chansons sont tristesse et lamentations exsangues. Il parait que j’ai la vingtaine mais dans mon esprit je suis aux portes de la fin, ma myopie se fait mentale, je ne vois que le dessin d’un monde flou tel un lavis détrempé. Oui je pense à la mort, je l’imagine et l’effet de mes antidépresseurs, ma camisole chimique, s’estompe. Je ne crois plus en la vie, plus en l’amour qui m’a oublié comme m’oublient ceux que j’ai pu aimer. J’ai peur de trop dire à mes amis, sans doutes faut-il que je prenne du recul, que je me montre moins présent. Tout cela m’est dicté par ma peur des relations sociales et ma méconnaissance des usages.

« Je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré » Molière

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Seul, prostré sur le sol.
L’épaule nue contre le parquet de pin.
Je m’enfonce dans la vase dont triomphe le limicole
Et mon âme, comme mon corps, sont réduits à chagrin.

Les Enfers, le champ des pleurs.
L’amour comme une peur
Et un bourbier de malheur.

J’expire, je transpire
Ma détresse.
Puis mes mains se ferment,

Effroyable messe.

Anorexie, chanson de guerre.
Anorexie, canot sur mer.

Lilnovim Lechwali

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